Rene PailhesQuand l’art a tourné le dos au figuratif, il a été désigné sous l’appellation « Art Abstrait » pour signifier qu’aucune suggestion ne devait apporter une aide au regard du spectateur. Ce qui explique que longtemps, les œuvres ont été des aplats de couleurs rythmées par des lignes droites. Puis s’imposent le secours de lignes courbes et le jeu des nuances de couleurs. On l’appela « Art Abstrait Lyrique ». Le spectateur était invité alors à formuler un état d’âme ou  tout du moins un ressenti, voire même un sentiment en face d’une œuvre.

C’est grâce à ces différentes étapes et grâce à ces approches successives qu’aujourd’hui le spectateur curieux, se laisse séduire par une approche plus poétique, dès l’instant que l’artiste ne le laisse pas seul devant une toile qui ne lui parle pas mais fait appel à son imaginaire et l’invite à une lecture personnelle.

C’est ce que j’appelle « l’Art Abstrait Lyrique Poétique » ou  « L’abstraction Lyrique Poétique »

C’est l’objectif que j’essaie d’atteindre. Étant très présent aux expositions que je présente, la réaction d’un public intéressé me prouve qu’un besoin de rêve s’impose aujourd’hui et que ce créneau est un « champ des possibles ».

COMMENT J’EN SUIS VENU A L’ART ABSTRAIT POETIQUE ?


Pourquoi la peinture abstraite est devenue ma cour de « re-création »  ?

Lorsque j’ai enfin compris que Cézanne pour ne parler que de lui, privilégiait la construction du tableau et la disposition des couleurs  et que le sujet n’était qu’une anecdote qui n’avait qu’une importance secondaire, j’ai eu envie d’aller voir du coté de Kandinsky, le théoricien de l’abstraction, pour m’aider par ses propos.

On ne décrète pas du jour au lendemain qu’on va faire de l’abstraction géométrique ou lyrique.
C’est une longue maturation qui m’a demandé dix ans de travail.
Dix ans pendant lesquels il m’a fallu me battre contre moi même.

Il me fallait donc me libérer de la figuration autant que possible si je voulais aller ailleurs que mon simple savoir-faire .
Certes le savoir-faire du bon artisan est un passage obligé ; comme le musicien doit faire ses gammes. Mais je sentais que plus le sujet était présent, plus j’en devenais esclave et plus je me trouvais frustré .
Dans le même temps je sentais bien que les spectateurs ne suivaient pas spontanément.
En effet, le spectateur classique veut une lecture rapide, aisée qui corresponde à ses acquis culturels.

Petit à petit il y a eu des spectateurs qui adoraient être surpris et qui se promenant dans la toile me la commentaient.
Ils me parlaient ainsi d’eux  mêmes et de leur imaginaire .
J’avais acquis donc la conviction que j’étais sur le bon chemin puisque je n’étais plus tout seul à ressentir une surprise et même une émotion devant mon travail .
En effet l’harmonie d’un tableau (quand je le considère réussi ) a un pouvoir de séduction sur moi puisque je ne sais pas à l’avance ce qu’il sera. Je suis son premier spectateur. Et si le tableau « me parle » la première chose qu’il me dit c’est qu’il est fini ! Bon ou mauvais, il est fini. Du fait qu’il est composé de tout ce qui constitue mon imaginaire, il n’y a pas de raison pour qu’il ne parle pas au spectateur curieux, prêt à être surpris et séduit.

Le tableau est pour moi comme un être vivant qui a son propre parcours.
Qu’il aille se faire adopter pour faire vivre les murs d’une chambre, d’un salon, d’un bureau, d’un hall d’hôtel, etc.  
Sa présence sera un peu le miroir du maître des lieux.